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[AAP] Revue européenne des migrations internationales : “L’étude des migrations privilégiées face à la pluralité des rapports sociaux”

Claire Cosquer, Pauline Vallot & Olivier Clochard

Résumé

S’inscrivant dans le cadre des études sur les migrations privilégiées, ce dossier thématique vise à analyser les rapports de pouvoir multiples qui se nouent autour de la mobilité internationale ou ultramarine, des ressources qui la permettent, des bénéfices qu’elle dégage, de la mobilité sociale qu’elle induit, des formes de domination qu’elle consolide ou reconfigure. Il se donne pour ambition de rendre compte des positions dominantes caractérisées par le cumul des ressources, des avantages, des bénéfices retirés de la migration, tout autant que des expériences migratoires plus ambivalentes où s’entremêlent exercice de la domination et expérience de la minorisation et où le privilège migratoire doit être nuancé. Les contributions analysent l’expérience subjective de ces positions sociales avantageuses dans la migration, tout en les abordant de façon relationnelle.

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[Thèse] “Avalappoq, prendre la mer et danser. Migrations étudiantes et formation des positions dominantes entre Groenland et Danemark” – Université Bordeaux Montaigne, 2022

Marine Duc

Résumé

Cette thèse porte sur la construction des trajectoires étudiantes dans la configuration postcoloniale entre Groenland et Danemark. S’appuyant sur une enquête combinant essentiellement observation participante et entretiens, elle retrace les biographies d’étudiant·e·s groenlandais·e·s à travers un système scolaire forgé par les rapports de force hérités de la colonisation danoise et bâti sur la dispersion de l’offre de formation. Elle montre que loin de n’être dédié qu’au tri social, ce dispositif scolaro-migratoire constitue également un dispositif de transformation des individus, qui travaille vers les régions supérieures de l’espace social transatlantique. Elle déstabilise ainsi l’image de la migration étudiante comme privilégiée autour de deux axes. En prenant en compte les caractéristiques prémigratoires des individus, elle montre l’hétérogénéité des origines sociales de celles et ceux s’orientant vers une formation au Danemark, et le poids des transclasses sur les routes de cette migration. Cela s’explique notamment par l’encadrement matériel et moral affirmé par les pouvoirs publics groenlandais, qui voient dans la fonction technique de production de qualifications du système éducatif une stratégie politique de concrétisation de l’indépendance. Le deuxième axe réinscrit cette migration dans les asymétries globales des formations raciales. Il analyse le rôle de la migration étudiante dans la construction de frontières raciales, associant danicité et blanchité d’une part, et groenlandité et inuité de l’autre, dans les interactions quotidiennes avec la population majoritaire et dans les placements scolaires. Toutefois, la migration étudiante offre également les conditions d’une déstabilisation de la position minoritaire, non seulement dans les rapports de classe, mais également dans les rapports de race. La thèse met en évidence la dimension racialement codée des acquisitions socialement valorisées propres à la migration étudiante (façons de se comporter et de percevoir le monde, dispositions linguistiques ou encore certains goûts), à travers l’étude de la façon dont les étudiant·e·s sont perçu·e·s et se perçoivent pendant leur parcours. Ainsi, en s’appuyant sur les approches bourdieusiennes de la reproduction, sur le nexus analytique de la colonialité et sur les travaux récents sur la socialisation raciale, cette thèse prend le contrepoint de l’analyse de la formation des frontières raciales en migration, qui sont souvent envisagées comme (re)produisant ou solidifiant ces frontières raciales : ces dernières trouvent dans le dispositif scolaro-migratoire postcolonial les conditions de leur (re)production comme les conditions leur mise en crise.

Retrouver l’intégralité de cette thèse : https://theses.hal.science/tel-03967384v1.

[AAC] “Attracting “desirable” migrants: definition, prospection and promotion of privileged mobilities” (IMISCOE, 20th Annual Conference, Varsovie, 2023)

Juliette Dupont & Mireille Paquet

Résumé

Narratives, policies and practices stigmatizing and excluding “undesirable” migrants are well-documented processes (Agier 2010; Huysmans 2014; Rosenberg 2022). Little is known, however, about the construction of the category of “desirability” in international migration. The emerging field of privileged mobilities (Croucher 2012; Cresswell 2010) provides a good entry point to explore the experiences of “desirable” mobile subjects: lifestyle migrants (Benson et O’Reilly 2016); digital nomads (Mancinelli 2020; Richter and Richter 2020); expatriates (Gatti 2009; Cosquer 2020) etc.

In dialogue with this work, this panel considers how different states define categories of “desirable migrants” and how they implement policies targeting these groups. It seeks to address a series of three questions:

1. Which processes and actors shape and define the category of “desirability” in state policies?

2. What are the strategies and instruments of attraction, prospection and promotion by which immigration policy actors seek to attract “desirable migrants”?

3. How do those defined as “desirable” migrants experience state policies aimed at marketing migration opportunities and how do these interventions shape post-migration experiences?

In line with the topic of the annual conference, the papers will contribute to the understanding of the intertwinement between desirability and inequality. The study of migrants “to be attracted” raises the concern of those excluded from these categories. The panel will therefore reflect on the relational essence of the notion of privilege, which exists only in relation to those who are deprived of it.

[Thèse] “La distinction à l’étranger : stratégies scolaires et sociabilités juvéniles dans les lycées français en Allemagne” – Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, 2022

Vincent Hugoo

Résumé

Cette thèse de sociologie contribue à l’analyse de la transformation des rapports sociaux dans la mondialisation, à travers le cas des lycées français en Allemagne et de leurs élèves. Elle décrit la formation d’un capital international français, son effectivité et ses limites, aux niveaux institutionnel et individuel. Elle revisite le concept de capital international en montrant le caractère processuel, conditionnel, et conflictuel de la valorisation des expériences et des pratiques internationales, dès lorsqu’on l’analyse à l’aune de l’intersection des rapports sociaux, et à différentes échelles. Cette thèse s’appuie sur une enquête ethnographique multisituée et des entretiens, le dépouillement d’archives, le suivi d’une promotion d’élèves. La première partie montre comment s’institutionnalise un capital international français, en décrivant la sociogenèse des lycées français à l’étranger, puis leur inscription dans des stratégies scolaires et des contextes locaux différenciés à Berlin, Hambourg et Francfort. Elle montre comment l’institution de capitaux scolaires ad hoc et l’extension de la reproduction scolaire à l’étranger restent confrontés aux instabilités propres à la situation internationale des établissements et des familles. La deuxième partie est centrée sur le lycée français de Berlin. En s’appuyant sur une enquête ethnographique longue, elle détaille les usages juvéniles du capital international, à travers les conduites distinctives, les pratiques, les trajectoires scolaires des élèves. On montre alors l’appropriation et la rentabilité très inégales du capital international, y compris lorsqu’il est acquis précocement dans le cours de la vie.

Retrouver les informations sur la thèse : https://theses.fr/2022PA01E059.

Les Français à l’étranger : dossier de la revue EchoGéo, 59, 2022

Aux premiers abords, et à cause du prisme national, s’intéresser aux Français et Françaises qui vivent à l’étranger, place cet objet sur le terrain politique, voire électoral. Avec près de 65 % d’abstention au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, sur les plus de 1,4 millions d’inscrit·es sur les listes électorales, ces « Français·es de l’étranger » apparaissent assez peu sur la scène politique nationale, si ce n’est en temps de crise, comme lors des rapatriements organisés par l’État français pour ses ressortissant·es dans le contexte de la pandémie de la Covid-19. La catégorie des « Français de l’étranger » a cependant une existence politique qui voit se rencontrer échelle nationale et mondiale, avec depuis 2008 au parlement une représentation par 11 député·es élu·es dans 11 circonscriptions géantes, qui couvrent l’ensemble des régions du monde. Ce dossier propose d’ouvrir l’angle de vue en s’intéressant aux Français·es à l’étranger, objet relativement peu étudié·es par les géographes, s’illustrant par un éclatement dans divers champs d’étude – mobilités étudiantes, migrations qualifiées ou encore tourisme – et une approche souvent pluridisciplinaire.

Retrouvez l’intégralité de ce dossier coordonné par Brenda Le Bigot et Jordan Pinel sur le site de la revue EchoGé0

[Thèse] “Verrou ou vitrine ? Politiques du visa Schengen en Algérie et en Chine” – Université de Montréal, 2022

Juliette Dupont

Résumé

L’Algérie et la Chine figurent toutes deux sur la liste, commune aux États membres de l’Union européenne (UE), des nationalités soumises à l’obligation de visa Schengen pour voyager à destination d’un ou plusieurs pays européens. En Chine, plus de 95% des visas demandés sont délivrés par les consulats des pays Schengen, mais en Algérie, près d’un dossier sur deux est refusé. Partant d’un tel écart, la thèse interroge le visa Schengen comme l’instrument d’une mobilité à deux vitesses. Ce faisant, elle propose de questionner la production, la légitimation et l’éventuelle contestation de la répartition inégale de la liberté à se déplacer. D’un point de vue théorique, la thèse s’appuie sur l’approche de l’instrumentation, qui conduit à décomposer l’analyse du visa Schengen en quatre niveaux (communautaire, politico-diplomatique, bureaucratique, public). D’un point de vue méthodologique, cette recherche articule deux enquêtes de terrain auprès des consulats français d’Alger et Beijing, et une série d’entretiens menés avec les décideur∙ses français∙es et européen∙nes entre Bruxelles, Paris et Nantes. Tout d’abord, la thèse souligne que le visa Schengen comprend, dès sa négociation par les acteurs européens, des conceptions antagonistes de la mobilité, orientées vers la lutte contre l’immigration irrégulière, mais aussi vers des considérations économiques ou encore d’ordre diplomatique. Ensuite, les fonctions de régulation du visa Schengen sont redéfinies au cas par cas. Dans le cas de l’Algérie, la rareté du visa se comprend à la lumière de la relation postcoloniale avec la France, qui adopte dans ce pays tiers une « politique du robinet des visas », où le verrouillage de l’accès à la mobilité coexiste avec des facilitations soit exceptionnelles, soit réservées aux élites. En Chine, on assiste à l’inverse à une mise à l’agenda du visa au service de l’attractivité touristique. À Beijing, les consulats européens se disputent les parts du marché global des demandeur∙ses de visa chinois∙es, cadré∙es comme touristes dépensier∙es dont il faut faciliter la mobilité. Cette politique du chiffre crée alors une dissonance chez les agent∙es visa, socialisé∙es à l’impératif de lutte contre le « risque migratoire ». Enfin, la thèse met en évidence, à travers l’immersion ethnographique dans chaque terrain, que les bureaucrates et les demandeur∙ses de visa détiennent un pouvoir discrétionnaire, leur permettant de renégocier, selon des dispositions organisationnelles et individuelles, la distribution de la mobilité. À la lumière de ces différents résultats, la thèse permet d’établir que la régulation de la mobilité à plusieurs vitesses par le régime de visa Schengen se joue à plusieurs échelons : entre pays exemptés et ceux obligés ; entre pays de la liste négative ciblés par des logiques différentes, et entre ressortissant∙es d’une même nationalité. Cet instrument donne donc à voir une production complexe des inégalités de mobilité globales et infranationales, créant des lignes de démarcation entre désirables et indésirables.

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“Looking for the authentic other: Cosmopolitan ethos and orientalism in French migrants’ experiences in Abu Dhabi”

Claire Cosquer

Critique of Anthropology

Abstract

French migrants in Abu Dhabi (United Arab Emirates – UAE) are often portrayed as money-driven and greedy, notably by their compatriots. Common representations of the Gulf area as extraordinarily affluent reinforce these suspicions and prompt migrants to justify their expatriation. This moral effort takes on the form of a cosmopolitan ethos. French residents in Abu Dhabi generally express a strong desire to get out of the ‘expatriate bubble’, to meet the ‘locals’, and to experience ‘difference’ and ‘diversity’. They perform migration as an opportunity for cultural enrichment and continuously search for otherness. Abu Dhabi’s unusual demographics and singular coloniality generate complex tensions around these cosmopolitan desires. French delineations of (valuable) otherness conflate ‘local’ and ‘national’, largely replicating orientalist structures of perception. These perceptive schemes homogenize the UAE and erase its ‘diversity’ within the cosmopolitan rationale. French delineations of localness also draw on national narratives constructing the country as ‘Arab’, while casting the foreign resident population (89% of the total UAE population) as non-local and temporary. Drawing on ethnographic field research, the article analyses expatriate cosmopolitan desires for difference as the encounter of Western orientalism and Emirati national narratives of Arabness.

Read the full article: https://journals.sagepub.com/eprint/44HX2AFURMN3AXSDINJ8/full

Les migrations des privilégié·e·s : dossier de la revue Métropolitiques, 2021

Garance Clément & Camille François & Claire Gellereau – 27 mai 2021

La mobilité internationale, attribut historique des classes supérieures, n’a que partiellement été remise en cause par la pandémie de la Covid‑19. Le dossier met en lumière la diversité des stratégies migratoires des milieux privilégiés et leur aisance à se constituer des ancrages résidentiels multiples.

Retrouvez l’intégralité de ce dossier dans la revue Métropolitiques.

Au sommaire de ce dossier :

Les différentes dimensions du privilège migratoire. « Expatriations » françaises à Abu Dhabi

Claire Cosquer, sociologue 

Les flux migratoires vers le Golfe sont puissamment hiérarchisés. Les migrant·e·sfrançais·es y occupent une position avantageuse, façonnée par la gestion institutionnelle des migrations autant que par les hiérarchies socioprofessionnelles.

Crédits : Pierre et Placement – Cabinet de conseils en gestion de patrimoine et placements financiers, A. R. Meyer et Larue Déborah
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Quelle est l’insertion professionnelle des migrantes japonaises en France ?

Entretien avec Miyako Hayakawa, anthropologue

La France compte près de 40 000 expatriés japonais, généralement diplômés et avec de bonnes situations sociales. Parmi eux, les femmes sont pourtant obligées de sacrifier leur carrière professionnelle. Entretien avec Miyako Hayakawa qui a enquêté sur les migrantes japonaises en France.

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du numéro 27 de la revue De Facto.