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“Faire et défaire le privilège en migration” : Dossier thématique de la Revue européenne des migrations internationales, vol. 40 – n°2 et 3 | 2024

Sous la direction de Claire Cosquer, Brenda Le Bigot et Pauline Vallot

Résumé

En faisant dialoguer des travaux portant sur une diversité de contextes locaux et de trajectoires géographiques et sociales, ce dossier thématique interroge les positions dominantes en migration tout en faisant un pas de côté par rapport à la littérature relative aux migrations élitaires d’une part et au « middling transnationalism » d’autre part. Les contributions se penchent sur ce que le croisement des rapports sociaux et leur dimension processuelle font à la notion de privilège en migration, à partir de cas empiriques variés. En rompant avec une appréhension statique du privilège — comme attribut social — pour réinscrire celui-ci dans des processus de reproduction sociale ou de déclassement, les contributions s’intéressent aux pratiques et aux stratégies qui les sous-tendent, en documentant le temps long des trajectoires migratoires. Le dossier met aussi en lumière la dimension subjective des positions sociales en migration, spécifiquement dans ce que celles-ci peuvent avoir d’avantageux, et éclaire la façon dont la migration recompose les positions sociales à de multiples titres, y compris dans les rapports sociaux de race et de genre. Plus largement, ce dossier thématique contribue aux études migratoires en montrant que la compréhension des rapports de dominations qui structurent le (non) accès au monde passe aussi par l’analyse des mouvements les moins empêchés.

Abstract

Featuring works covering a variety of local contexts, and geographical and social trajectories, this topical collection examines dominant positions in migration while diverging from both literature on elitist migrations and middling transnationalism. The contributions delve into how the intersection of social relationships and their procedural dimension impact the notion of privilege in migration, drawing from diverse empirical cases. Departing from a static understanding of privilege as a social attribute, to reintegrate it within the processes of social reproduction or downward mobility, by documenting the long-term trajectories of migration, the contributions focus their interest on the practices and strategies that reframe them. This topical collection also highlights the subjective dimension of social positions in migration, particularly in their advantageous aspects, and sheds light on how migration reshapes social positions in various ways, including within the realms of race and gender. Overall, this topical collection contributes to migration studies by showing that understanding the power dynamics that structure access (or lack thereof) to the world also involves analysing the least constrained movements.

Retrouver l’intégralité de ce dossier thématique : https://journals.openedition.org/remi/26198.

Au sommaire de ce dossier :

“Éditorial : Faire et défaire le privilège en migration“, Claire Cosquer, Brenda Le Bigot et Pauline Vallot

“Positionnements et ambivalences face au privilège de mobilité des « internationaux » dans les territoires palestiniens occupés“, Clio Chaveneau

“Le privilège métropolitain ? Magistrat·es et construction de la métropolitanité dans les outre-mer français“, Stéphanie Guyon

“Se réinventer à Mayotte. La migration des agent·es métropolitain·es au sein de l’État postcolonial“, Clémentine Lehuger

“Fragilité et réversibilité du privilège migratoire. Le cas de femmes des classes supérieures algériennes et marocaines installées en France“, Sofia Aouani

“L’ambivalence des migrations étudiantes groenlandaises au Danemark : une réaffirmation de l’ordre du genre et de la race“, Marine Duc

“Migrer pour dominer ? L’expérience des hommes français dans les pays postsoviétiques au prisme de l’intimité et des régimes de genre“, Laure Sizaire

“« Petites mains », mais grandes études. Le déclassement ordinaire des femmes immigrées en France hexagonale” (Formation emploi, no 167, 2024)

Pauline Vallot, sociologue

Résumé

Basé sur les enquêtes Emploi (Insee, 2003-2012) et Trajectoires et Origines (Ined, Insee, 2008), cet article prend pour objet le déclassement dans l’emploi de diplômées du supérieur, âgées de 25 à 55 ans et installées durablement en France après une migration à l’âge adulte. Celles-ci sont nombreuses à occuper des emplois d’ouvrières ou d’employées au sein des secteurs d’emploi dits non qualifiés. Malgré une socialisation précoce à la langue française liée à des héritages postcoloniaux, les femmes nées en Afrique du Centre-Ouest sont les plus susceptibles d’être déclassées, devant les Maghrébines et les Européennes de l’Est, tandis que les Européennes de l’Ouest sont peu concernées par ce type de parcours. Ces disparités s’expliquent en partie par des hiérarchies entre diplômes selon le pays d’obtention. L’inégale exposition à la précarité administrative et aux discriminations raciales sont des pistes d’interprétation complémentaires des écarts selon la région de naissance entre immigrées ayant terminé leurs études supérieures en France.

Retrouver l’intégralité de cet article : https://journals.openedition.org/formationemploi/12917.