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[AAC] “Des migrations privilégiées ? Les classes moyennes et supérieures du Maghreb en mobilité internationale, entre politiques restrictives et politiques d’attractivité” (Congrès des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans, Strasbourg, 2025)

Adrien Thibault 

Résumé

Depuis les enquêtes pionnières d’Anne-Catherine Wagner en France (1998) et de Karen O’Reilly au Royaume-Uni (2000) sur les « expatrié·es », un intérêt grandissant de la recherche en sciences sociales pour la « mobilité privilégiée » (Croucher, 2012) et les « migrations d’élites » (Amar et Green, 2022) ou « désirables » (Sandoz, 2021) a permis de mettre au jour la stratification sociale des populations immigrées et des expériences migratoires, ainsi que la diversité interne à la sous-population des immigré·es bien doté·es en capitaux économiques ou culturels : cadres supérieur·es et leurs conjoint·es, investisseurs, retraité·es, étudiant·es, enseignant·es, artistes, digital nomads, intelligentsia, etc. L’essentiel de cette production scientifique s’est jusqu’ici concentré sur les migrations en provenance de pays d’Europe de l’Ouest ou d’Amérique du Nord (très majoritairement blanches). Les travaux s’intéressant aux mobilités privilégiées (très majoritairement non blanches) venant des pays du Sud global (Torresan, 2007 ; Blum, 2022) sont quant à eux beaucoup plus rares, ce qui peut s’expliquer à la fois parce qu’il s’agit d’expatrié·es plus discret·ètes ou plus invisibilisé·es et parce que leur statut privilégié est moins évident. Ce constat concerne particulièrement les mobilités des membres des classes moyennes et supérieures en provenance des mondes arabes et musulmans, et notamment du Maghreb.

Pourtant, les mobilités du sud vers le nord de la Méditerranée sont non seulement quantitativement importantes (on dénombre ainsi environ un million de Marocain·es en Espagne, d’Algérien·nes en France et de Turc·ques en Allemagne), mais elles sont aussi caractérisées par une sélectivité sociale croissante ces dernières décennies, engendrée conjointement par l’effet d’éviction des politiques restrictives (en matière de délivrance des visas Schengen, de droit au regroupement familial, d’accès aux marchés du travail européens…) et par l’effet de sursélection des politiques européennes dites d’attractivité (carte bleue européenne, passeport talent, golden visa…). Les espaces publics sud-méditerranéens sont ainsi devenus familiers des discours sur la « fuite » de leurs « cerveaux », ingénieurs ou médecins. Si des travaux se sont intéressés à l’expérience internationale des étudiant·es et des diplômé·es originaires du Maghreb (Ben Sedrine et Geisser, 2001 ; Mazzella, 2009 ; Vallot, 2020 ; Jamid, 2022), ainsi qu’aux départs des élites intellectuelles algériennes au cours de la décennie noire (Khaled, 2023), la question des privilèges relatifs à la mobilité des membres des classes moyennes et supérieures du Maghreb vers l’Europe reste encore largement à défricher.

Cet atelier invite donc les chercheur·es en sciences sociales, quel·les que soient leur discipline et leur statut, à l’investir à partir d’enquêtes empiriques originales (réalisées ou en cours, qualitatives et/ou quantitatives, historiques ou contemporaines, menées dans les pays de départ et/ou d’arrivée) ou d’analyses secondaires de données d’enquêtes construites à d’autres fins, en portant une attention particulière aux effets des politiques publiques migratoires et à l’articulation des rapports sociaux (en particulier de classe, de race et de nationalité, mais également de genre, d’âge, etc.).

[Thèse] “Les fortunes de Guyane : sociologie politique d’un groupe aux privilèges intersectionnels” – Université des Antilles, 2024

Lise Laurence Gillot

Résumé

Les discours sur la Guyane mettent surtout en avant la pauvreté endémique de ce territoire français d’Amérique Latine. Pourtant, les contribuables à l’Impôt sur la fortune y sont parmi les plus riches de France et font partie des plus grands propriétaires fonciers du pays. Certes, aucune richesse personnelle n’atteint le milliard, et les plus hauts revenus et patrimoines de Guyane représentent des fortunes de seconde zone. Mais leur position périphérique dans le palmarès ne les prive pas d’un statut d’exceptionnalité à l’échelle locale. Quelles sont les ressources sociales de la richesse en Guyane ? Appréhendé à travers une enquête sociologique mêlant entretiens obtenus selon la méthode réputationnelle et observation participante de deux années au sein d’un club service de Cayenne, le terrain apparaît prédominé par des individus aux dispositions similaires. Ces derniers sont propriétaires et directeurs de plusieurs entreprises crées localement ou d’enseignes de grands groupes extérieurs. Ce sont majoritairement des hommes, âgés de plus de soixante ans et relativement dominants du point de vue de leurs propriétés ethniques métropolitaine, chinoise, libanaise, antillaise et créole guyanaise. Pour étudier les rapports de domination imbriqués qui produisent les ressources sociales de classe, de genre, de race et d’âge de l’élite économique, nous proposons de renouveler les usages scientifiques des capitaux bourdieusiens à partir de l’intersectionnalité. L’obtention d’un large volume de capital économique exige un travail de mobilisation stratégique de multiples attributs. Il s’agit de se réapproprier le leg colonial qui structure le rapport des sociétés ultramarines à l’Etat et de construire sa légitimité par l’activation conjointe des marqueurs de l’ubiquité, de l’autochtonie et de la blanchité. Il est également requis d’intégrer très jeune les attentes du milieu, de performer une masculinité hégémonique, de mettre à profit les capitaux hérités, d’entretenir ses réseaux avec le monde politique et de recourir aux illégalismes avec habilité et discrétion. Ainsi, les dirigeants d’entreprise étudiés font partie d’une petite « classe pour soi », un groupe privilégié organisé pour contrôler les normes d’accès aux leviers de pouvoir et défendre ses intérêts.

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SÉMINAIRE « Migrations internationales privilégiées » – 2024-2025

MIGRAPRIV, groupe de travail “Migrations internationales privilégiées” rattaché au département Policy de l’Institut Convergences Migrations, propose ce séminaire mensuel pour la troisième année.

Le séminaire a lieu de novembre 2024 à mai 2025 en hybride, au Campus Condorcet en salle 1.023 du Bâtiment de Recherche Sud & sur Zoom. La connection en visio-conférence se fait via ce lien unique (sans inscription préalable) :  https://cnrs.zoom.us/j/92483338923?pwd=ZDRLcVhaN09jKzhzV1J4N0Y1a3BsZz09

 

Séance 1 (hybride). Paradis fiscaux et migrations privilégiées – point d’étape sur deux terrains du projet Migrafisc : Malte et Maurice – 26 novembre 2024, 14h-16h

  • Intervenant·es : Lucas Puygrenier (Centre Maurice Halbwachs), Nathalie Bernardie-Tahir (Geolab), Thomas Pfirsch (Géographie-Cité), Théotime Chabre (Mesopolhis / CERI – ICM)
  • Organisateur·ices : Nathalie Bernardie-Tahir (Geolab), Théotime Chabre (Mesopolhis / CERI – ICM), Thomas Pfirsch (Géographie-Cité), Lucas Puygrenier (Centre Maurice Halbwachs)

 

Séance 2 (hybride).  “Faire et défaire le privilège en migration” : présentation du dernier numéro de la REMI – 9 Décembre 2024, 14h-16h

  • Intervenant·es : Brenda Le Bigot (Migrinter), Claire Cosquer (Unil), Pauline Vallot IREDU)
  • Organisateur·ices : Roufaïda Henni (Université de Poitiers, GRESCO – ICM) & Lucas Puygrenier (Centre Maurice Halbwachs)

Séance 3 (en ligne). Classement et reclassement du privilège à partir des minorités diasporiques – 11 mars 2025, 14h-17h

  • Intervenant·es

Hélène Quashie (IMAF / LARTES-IFAN – ICM) : « Interroger les notions de reclassement, privilège et blanchité depuis le Sud global : les circulations d’élites françaises et américaines de la diaspora noire au Sénégal »

Hui-Yeon Kim (Inalco, IFRAE – ICM) : « Repenser l’immigration privilégiée : les Sud-Coréens au Cambodge »

Alice Picard (EHESP, ARÈNES) & Julien Talpin (CNRS, CERAPS) : « La fuite silencieuse d’une élite minoritaire. Causes et possibilités des migrations privilégiées de Français·es musulman·es très qualifié·es »

  • Organisatrice : Adélaïde Martin (Université Paris Nanterre, ISP – ICM)

Séance 4 (hybride). Mobilités des jeunes expatrié·es – 14 avril 2025, 14h-16h

  • Intervenant·es : Alice Nortier (ICM – EHESS), Louis Baudrin (CERI),  Aurélia Ishitsuka (EHESS, CMH) 
  • Organisateur·ices : Alice Nortie (ICM – EHESS)r & Louis Baudrin (CERI)

Séance 5 (en ligne). Whiteness, migration and privilege – 20 mai 2025, 14h-16h 

  • Intervenant·es : Catrin Lundström (Linköping University-Remeso) et Claire Cosquer (SNL-UNIL-Science Po/CRIS)
  • Organisateur·ices : Eva Renaudeau (Cermes3-EHESS-ICM) & Laure Sizaire (LAMC-ULB-ICM)
 

Comité d’organisation

Louis Baudrin (CERI – ICM)

Sylvain Beck (EPSS, CYU – ICM)

Théotime Chabre (Mesopolhis / CERI – ICM)

Roufaida Henni (Université de Poitiers, GRESCO – ICM)

Vincent Hugoo (CESSP/Paris 1/EHESS – ICM)

Hui-Yeon Kim (INALCO, IFRAE – ICM)

Adélaïde Martin (Université Paris Nanterre, ISP – ICM)

Alice Nortier (EHESS)

Lucas Puygrenier (EHESS, Centre Maurice Halbwachs – ICM)

Hélène Quashie (IMAF / LARTES-IFAN – ICM)

Eva Renaudeau (EHESS, CERMES3 – ICM)

Laure Sizaire (Université Lyon 2, CMW – ICM)